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Formation des télépilotes de drones. Entre exigences réglementaires et réalités de terrain.

Publié le 07/01/2026 — Formation

Auteur : Thierry Mohr (ThyRex Conseils)

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L'article ci-après s’adresse aux télépilotes, aux futurs stagiaires, aux centres de formation et aux formateurs. Il ne remet pas en cause la formation en tant que telle, ni l’ensemble des acteurs du secteur, mais certaines pratiques, certains discours commerciaux et certains angles morts du système actuel, qui peuvent nuire à la compréhension réelle des enjeux de sécurité et de sûreté liés à ...

Pourquoi je suis critique à l’égard de CERTAINS centres de formation de télépilotes de drones !

Depuis la publication de mes derniers articles sur la formation des télépilotes de drones en France, plusieurs responsables de centres de formation m’ont interpellé. On me reproche une posture excessive, voire dangereuse, au motif « qu’il vaut toujours mieux être formé », notamment pour des raisons de sécurité, en particulier en environnement urbain.

Soyons clairs.

👉 Je ne suis pas opposé à la formation des télépilotes. Je me place avant tout du côté du stagiaire.

Ce que vit réellement une personne qui souhaite se former.

Lorsqu’un futur télépilote débute sa démarche, la première étape est presque toujours la même : une recherche sur internet.

Et que trouve-t-il ?

  • « Devenez télépilote professionnel » (statut qui n’existe ni en droit national, ni en droit européen)
  • « Formez-vous gratuitement grâce au CPF » (le CPF n’est pas gratuit : il est financé par les cotisations des salariés)
  • « Centre agréé DGAC », « certifié DGAC », ou formulations équivalentes (aucun centre de formation n’est agréé ou certifié par la DGAC ou la DSAC)
  • « Formation obligatoire pour exercer » (affirmation juridiquement inexacte selon les cas)

 

Autant de promesses réglementairement floues, parfois trompeuses, mais commercialement efficaces.

L’angle mort : l’audit préalable du stagiaire.

Le Code du travail, dans le cadre général de la formation professionnelle, impose :

  • une évaluation préalable des compétences et aptitudes du candidat,
  • afin d’adapter la formation et d’éviter des parcours inappropriés.

 

En théorie, l’entrée en formation devrait donc être précédée d’une évaluation sérieuse : niveau initial, compréhension des exigences réglementaires, capacité à suivre le parcours proposé.

Dans la pratique ? Les retours de nombreux stagiaires convergent : lorsqu’un questionnaire existe, il ne vise que rarement à qualifier l’aptitude minimale à suivre la formation. Il sert principalement à valider l’inscription.

C’est un problème majeur.

L’argument sécuritaire… rarement démontré !

On m’oppose régulièrement l’argument de la dangerosité du vol en environnement urbain pour justifier des parcours de formation lourds et coûteux.

Pourtant, dans les faits, la majorité des centres de formation ne font jamais pratiquer de vol en environnement urbain réel durant la formation pratique. Si la sécurité est réellement l’argument central, elle devrait être démontrée pédagogiquement, par l’analyse et la pratique encadrée de situations réelles et non uniquement invoquée dans un discours marketing.

Le cœur du problème : la qualité et la validation des formateurs !

Le point le plus préoccupant est ailleurs.

À ce jour :

  • la compétence réglementaire des formateurs est très hétérogène,
  • la pédagogie n’est pas validée par un référentiel d’État,
  • certaines connaissances réglementaires sont approximatives, voire erronées,
  • des notions essentielles sont parfois mal enseignées… ou non enseignées.

 

En l’état du droit, toute personne disposant d’une attestation de télépilote peut se prétendre formateur ou ouvrir un centre de formation, sans validation préalable de ses compétences pédagogiques ou réglementaires.

Une responsabilité institutionnelle déséquilibrée.

Le cadre actuel repose principalement sur :

  • la responsabilité du télépilote,
  • et un régime de sanctions bien identifié.

 

En revanche, la qualité et la conformité de l’enseignement dispensé en amont font l’objet de peu de contrôles effectifs, ce qui crée un déséquilibre préoccupant dans la chaîne de responsabilité.

Et la question des tarifs ?

Enfin, il faut poser une question simple. Combien coûte une formation de télépilote de drones ? D’autres secteurs de formation mobilisent, sur les même durées de formation :

  • des machines-outils,
  • des engins de chantier,
  • des plateaux techniques lourds,
  • un poste informatique par stagiaire.

 

Pourtant, les coûts horaires oscillent souvent entre 25 et 45 € par heure, sur des durées de 21 à 35 heures. Comment justifier, dans le domaine de la formation des télépilotes de drones, des tarifs horaires compris entre 80 et 100 € par stagiaire, en l’absence :

  • d’un encadrement pédagogique et réglementaire renforcé,
  • d’investissements matériels comparables à ceux d’autres secteurs,
  • ou d’exigences formalisées quant au niveau de qualification des formateurs ?

 

Alors ...

Oui, je suis critique. Oui, je suis sévère à l’égard de certains centres de formation. Oui, j’interroge également le rôle de l’autorité de tutelle.

Car à défaut d’un encadrement plus rigoureux de la formation elle-même, les conséquences d’éventuels incidents ou accidents pèseront principalement sur les télépilotes, sans que les causes structurelles ne soient réellement traitées.

Une question centrale demeure !

Comment peut-on présenter la formation comme un gage de sécurité, lorsque la formation elle-même devient, dans certains cas, le premier vecteur de risque ?

  • Risque pour la sécurité des tiers et des biens, lorsque des techniques de vol inadaptées ou mal maîtrisées sont enseignées.
  • Risque pour la sûreté aérienne, lorsque la réglementation, l’usage de l’espace aérien ou les principes fondamentaux de séparation ne sont pas correctement compris ou parfois pas enseignés du tout.

 

Une formation de mauvaise qualité ne réduit pas le risque. Elle peut au contraire le structurer, le banaliser et le diffuser.

Autoformation ou formation défaillante ?

Dans ces conditions, je préfère l’autoformation à des formations dispensées par des structures sans compétence avérée, sans validation pédagogique et sans contrôle réel des connaissances réglementaires.

Il faut rappeler un fait objectif :

Avant 2018, et avant l’entrée en vigueur de l’arrêté « formation » en juillet 2018, les télépilotes ne disposaient que d’une formation théorique issue de l’ULM, formation largement éloignée des réalités opérationnelles du drone.

Pourtant :

  • aucun accident corporel grave n’a été enregistré durant cette période pionnière,
  • alors même que l’activité était en plein développement et bien moins encadrée qu’aujourd’hui.

 

Un constat qui dérange !

À l’inverse, sans préjuger d’autres cas non documentés, le seul accident connu à ce jour ayant entraîné des blessures graves et donné lieu à une analyse du BEA concernait un télépilote formé conformément aux exigences de l’arrêté du 18 mai 2018.

La question mérite donc d’être posée, sans tabou :

👉 Un télépilote formé est-il, par nature, plus sûr qu’un télépilote autoformé ? Ou bien une formation mal encadrée peut-elle créer une illusion de compétence plus dangereuse que l’absence de formation formelle ?

A mon humble avis :

La sécurité ne réside pas dans l’existence d’une formation, mais dans la qualité, la rigueur et la conformité de celle-ci.

À défaut, la formation cesse d’être une protection. Elle devient un risque systémique, dont les télépilotes restent les seuls comptables.

Mais terminons sur une note d’espoir.

Il existe bel et bien des formations sérieuses, pédagogiques et correctement encadrées. Des formations portées par des formateurs télépilotes dont la compétence et la pédagogie sont reconnues, et par des responsables de centres qui n’hésitent pas à investir, pas uniquement dans le matériel, mais aussi dans :

  • la structuration pédagogique,
  • la montée en compétence des formateurs,
  • le recours à des consultants externes pour auditer la qualité des formations,
  • ou à des experts en réglementation pour clarifier et valider les points juridiques complexes.

 

Ces centres de formation existent. J’en ai rencontré plusieurs au cours de ma carrière. Je les ai audités, parfois recadrés, souvent accompagnés.

Ils méritent tout mon respect. Et je n’hésite jamais à transmettre leurs coordonnées aux futurs apprenants.

Je ne plaide pas pour la disparition de ces centres de formation vertueux, impliqués et attentifs. Mais force est de constater qu’ils sont aujourd’hui fragilisés, parfois menacés, par des structures beaucoup plus importantes, dont certaines pratiques commerciales (agressives ou approximatives) leur permettent d’attirer les stagiaires au détriment de la qualité.

C’est aussi cela, le véritable enjeu !

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