Clarifier l’intention avant d’analyser.
Cet article ne fera probablement pas l’unanimité.
Je souhaite pourtant préciser une bonne fois pour toutes que je n’ai rien contre les centres de formation drone, dès lors qu’ils sont vertueux, compétents et pédagogues, et qu’ils ne recourent pas à des pratiques commerciales ambiguës pour attirer les stagiaires.
Car c’est bien au stagiaire que je pense en premier lieu. Celui qui débute ne dispose d’aucun outil simple pour évaluer la qualité réelle du centre auquel il s’adresse. Il ne maîtrise pas encore la réglementation. Il ne connaît pas les subtilités des catégories d’opérations. Il ignore les différences entre conformité administrative et compétence opérationnelle. Il accorde donc sa confiance.
Cette confiance crée une responsabilité.
Au cours de ma carrière, j’ai audité plusieurs centres de formation, dans le domaine du drone comme dans d’autres activités, dont le sérieux et l’engagement méritent d’être salués. Mais force est de constater que depuis 2018, avec l’évolution du cadre réglementaire applicable aux drones et, presque simultanément, la réforme relative à la liberté de choisir son avenir professionnel, certains ont perçu dans le financement par le CPF une opportunité essentiellement commerciale. Tous n’ont pas acquis, loin s’en faut, les compétences réglementaires, pratiques et pédagogiques que requiert réellement une transmission de qualité.
Mon intention n’est ni de fragiliser la formation drone, ni d’en contester l’utilité. Elle est de défendre une exigence. Permettre aux centres réellement vertueux d’exercer dans un environnement clarifié. Permettre surtout aux stagiaires d’acquérir des compétences solides, structurées et opérationnelles, afin qu’ils puissent exercer avec sécurité, responsabilité et crédibilité.
C’est dans cet esprit que j’expose ce qui, selon moi, distingue un véritable centre de formation d’un simple dispositif de financement.
Le cadre réglementaire : comprendre avant de promettre.
La réglementation européenne ne distingue pas les activités dites professionnelles des activités de loisir. Elle distingue des catégories d’opérations en fonction du niveau de risque.
Cette distinction est structurante.
En catégorie ouverte, la formation théorique A1/A3 est accessible gratuitement en ligne. L’A2 impose un examen théorique et une autoformation pratique déclarative. En catégorie spécifique, un examen théorique est requis ainsi qu’une validation pratique réalisée par un tiers télépilote disposant des attestations appropriées. L’exploitant doit être enregistré auprès d’une autorité nationale de l’aviation civile, la DSAC en France.
Rien, dans ces textes, n’impose de suivre une formation théorique ou pratique au sein d’un centre privé.
La valeur d’un centre ne repose donc pas sur une obligation réglementaire. Elle repose sur la qualité réelle de ce qu’il transmet.
Prétendre former des “télépilotes professionnels” en quelques heures relève d’une confusion. Le drone est un outil. Les métiers qui l’utilisent exigent des compétences propres à leur domaine. L’outil ne crée pas le métier.
Un centre responsable explique cette réalité. Il ne promet pas un statut. Il développe une compréhension.
Maîtriser son art ne suffit pas : la pédagogie est déterminante.
Je constate fréquemment une confusion entre savoir-faire et capacité à enseigner.
Être un opérateur expérimenté ne garantit pas la capacité à structurer un apprentissage. L’enseignement suppose une compétence spécifique : organiser un programme, expliciter les notions complexes, vérifier la compréhension, adapter le discours au niveau du stagiaire.
La formation est un acte de transmission. Le stagiaire absorbe les propos du formateur. Si ces propos sont imprécis, approximatifs ou relèvent d’interprétations personnelles présentées comme des certitudes, l’erreur se diffuse.
Le savoir sans pédagogie ne se transmet pas avec rigueur.
Un centre sérieux distingue clairement le texte réglementaire, les moyens acceptables de conformité et le retour d’expérience. Il contextualise les règles avant d’en exposer les modalités. Il construit une progression cohérente.
L’expérience pratique : former à la responsabilité.
La pratique ne peut se résumer à quelques décollages supervisés.
Il m’a récemment été affirmé que l’ancienneté dans le télépilotage constituait en soi une preuve de qualité pédagogique. L’argument mérite d’être examiné. L’expérience opérationnelle est précieuse. Elle ne suffit pourtant pas à garantir la capacité à transmettre.
L’ancienneté dans la pratique ne constitue pas en elle-même une compétence pédagogique.
Obtenir un permis de conduire ne confère pas la capacité d’enseigner la conduite à de futurs pilotes de F1. L’expérience personnelle, si riche soit-elle, ne dispense ni de méthode, ni de structuration, ni d’analyse, ni de formalisation. Former suppose de transformer une pratique en savoir transmissible.
La compétence pédagogique ne découle pas mécaniquement du nombre d’années d’activité. Elle résulte d’une capacité à expliciter ses choix, à formaliser ses raisonnements et à adapter son discours au niveau de celui qui apprend.
Le vol constitue le moment où la théorie rencontre l’environnement réel. Préparation de mission, analyse des risques, gestion de l’espace aérien, anticipation des incidents, communication avec un donneur d’ordre : ces dimensions ne s’improvisent pas.
Un centre exigeant organise une progression pédagogique en vol. Il encadre, corrige, explique. Il forme à la responsabilité avant de former au pilotage.
Accumuler des heures sans analyse ne produit pas nécessairement de compétence. Une pratique structurée, accompagnée et commentée construit, en revanche, une autonomie durable.
Droit de la formation : distinguer conformité et qualité.
La formation professionnelle est encadrée par le Code du travail. Elle suppose des obligations administratives, des objectifs pédagogiques définis et des modalités d’évaluation.
La certification Qualiopi atteste du respect d’un référentiel organisationnel au moment de l’audit. Elle ne constitue pas un label garantissant la qualité intrinsèque du contenu pédagogique ou la maîtrise technique des formateurs.
De la même manière, l’autorité de l’aviation civile ne délivre aucun agrément pédagogique spécifique aux centres de formation drone. Elle ne vérifie pas systématiquement la compétence réglementaire ou didactique des intervenants.
La responsabilité de la qualité repose donc essentiellement sur le centre lui-même.
C’est ici que la protection du stagiaire prend tout son sens. Car en cas d’erreur, d’interprétation inexacte ou de manquement réglementaire, le télépilote demeure seul responsable juridiquement. Il ne pourra invoquer sa formation pour se soustraire à ses obligations.
Former, c’est engager la responsabilité future d’autrui.
Ce qu’un bon centre n’est pas.
Un bon centre n’est pas un argumentaire commercial permanent. Il n’est pas un dispositif exclusivement structuré autour d’un financement. Il n’est pas un lieu où l’on présente des interprétations personnelles comme des certitudes réglementaires.
Il n’est pas un accélérateur illusoire de carrière.
Une exigence collective.
Je ne cherche pas à opposer les acteurs de la filière. Je souhaite élever le niveau d’exigence.
Un bon centre de formation drone est celui qui accepte de dire la vérité sur le cadre réglementaire. Celui qui transmet un savoir maîtrisé. Celui qui investit réellement dans la pédagogie. Celui qui forme à la responsabilité avant de former au pilotage.
La réglementation n’impose pas un centre. Elle impose des compétences.
La question n’est donc peut-être pas seulement de savoir où se former, mais comment évaluer la qualité d’une transmission lorsqu’elle engage la sécurité, la responsabilité juridique et la crédibilité d’une filière entière.
Thierry Mohr

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