Une toiture inspectée au printemps. Un sinistre déclaré dix-huit mois plus tard. Entre les deux, des dizaines de photographies prises par drone et archivées sur un serveur.
Le jour où l'assureur, l'expert ou la partie adverse les examine, ce qu'elles montrent ne suffit plus. Il faut aussi pouvoir dire quand et où elles ont été prises, avec quel matériel, dans le cadre de quelle mission, et si elles ont été modifiées depuis.
Après avoir sécurisé l'opération qui produit la donnée, il faut donc s'intéresser à la confiance que l'on peut accorder à cette donnée. C'est un sujet que j'ai décidé d'intégrer aux domaines d'intervention de ThyRex Conseils.
Une photographie prouve-t-elle ce qu'elle montre ?
Nous documentons chaque jour des chantiers, des toitures, des ouvrages, des infrastructures ou des sinistres avec des photographies et des vidéos. Tant que tout se passe bien, personne ne s'interroge sur leur authenticité.
Lorsqu'un litige apparaît plusieurs mois ou plusieurs années plus tard, la situation change. On veut savoir si l'image a bien été prise lors de l'intervention, à quelle date, à quel endroit, et si le fichier présenté aujourd'hui est toujours celui qui avait été produit à l'origine.
Ces questions ne sont pas nouvelles. Elles prennent pourtant une autre dimension avec la généralisation des outils de retouche et, surtout, de l'intelligence artificielle générative. Créer une image réaliste ou modifier discrètement une photographie est désormais à la portée de presque tous.
La confiance que nous accordions spontanément à une image numérique ne suffit donc plus dès qu'elle doit convaincre un assureur, un expert ou un donneur d'ordre, ou être discutée devant une juridiction.
Sécuriser la donnée dès sa création
Visual Connect, une solution développée par EURADRONES, s'attaque précisément à ce problème.
Son principe n'est pas de rechercher après coup si une image a été falsifiée. Il repose sur un scellement à la source : dès la collecte, les éléments qui permettront plus tard d'en vérifier l'intégrité, le contexte et la provenance sont constitués et figés.
Des empreintes cryptographiques caractérisent les fichiers, de sorte qu'une modification ultérieure peut être détectée.
Le dispositif associe également un horodatage, un ancrage sur une blockchain et le croisement de plusieurs sources horaires indépendantes : celle du drone, celle du serveur et celle de la blockchain. De nombreux contrôles de cohérence et d'intégrité, réalisés pour chaque mission, complètent l'ensemble.
Selon le niveau d'exigence du dossier, d'autres briques peuvent être mobilisées, comme des services de confiance qualifiés ou des solutions renforcées d'authentification, d'archivage et d'hébergement.
Il ne s'agit pas d'empiler des technologies. Il s'agit d'adapter la chaîne de confiance au niveau de preuve dont le dossier a réellement besoin.
Que peut-on vraiment établir ?
C'est à mes yeux le point essentiel de cette approche. Toutes les informations associées à une image n'ont ni la même nature ni la même force.
La position enregistrée par l'aéronef est une mesure. L'objet de la mission, lorsqu'il est renseigné par l'exploitant, relève d'une déclaration. D'autres informations peuvent résulter d'une authentification. L'intégrité du fichier, enfin, peut être contrôlée cryptographiquement.
Mesuré, déclaré, authentifié, cryptographiquement vérifiable : cette distinction me paraît fondamentale. C'est elle qui sépare une documentation sérieuse d'un argument commercial.
Un exemple concret
EURADRONES m'a transmis le rapport d'une mission Visual Connect réalisée avec un DJI Mavic 3 Enterprise.
Ce document va bien au-delà de quelques photographies. Il identifie le matériel, l'aéronef et l'exploitant, et associe à chaque média différentes informations permettant d'en documenter le contexte et la traçabilité. Il retrace également une série de contrôles d'intégrité sur le matériel et le journal de vol.
On mesure alors la différence entre conserver une photographie et documenter la chaîne qui a conduit à sa production.
Attention à ce que l'on appelle « preuve »
Cette sophistication technique ne doit pas conduire à faire dire à la technologie ce qu'elle ne dit pas.
Prenons une fissure photographiée sur une façade. La chaîne de certification peut apporter des éléments sur l'intégrité du fichier, son origine, son contexte et, selon les données disponibles, sa localisation. Elle ne dit rien de la cause de la fissure, ni de celui qui en est responsable.
Ces questions relèvent du technicien, de l'expert et, en cas de contentieux, de l'appréciation des parties et du juge.
La technologie ne remplace ni l'expertise ni l'analyse. Elle fiabilise et documente la donnée sur laquelle celles-ci s'appuient.
C'est ce que recouvre ici la notion de valeur probante. Il ne s'agit pas de rendre une image juridiquement incontestable, mais de renforcer les éléments qui permettent d'en établir l'intégrité, la provenance et le contexte.
La nuance prend toute son importance lorsque la donnée doit être examinée, discutée ou contestée.
Du télépilote au grand compte
J'avais d'abord abordé Visual Connect sous l'angle des inspections professionnelles par drone. Mes échanges avec Laurent Saint-Jean, fondateur d'EURADRONES, montrent que l'ambition du projet est plus large.
Visual Connect vise aussi les processus dans lesquels la donnée terrain doit être intégrée à des systèmes d'information, puis vérifiée ultérieurement : assurance, expertise, immobilier, énergie, sécurité ou infrastructures.
Dans l'assurance, EURADRONES travaille ainsi sur une chaîne qui va de l'état initial avant sinistre jusqu'à l'expertise, l'indemnisation et la lutte contre la fraude.
Sa stratégie vise également les grands comptes et les projets industriels collaboratifs, avec l'idée d'intégrer EURADRONES comme fournisseur technologique dans des consortiums réunissant PME, laboratoires et utilisateurs industriels.
C'est une stratégie de développement, pas un portefeuille de marchés acquis. Elle change néanmoins l'échelle du sujet.
Deux chaînes qui se prolongent
C'est là que je vois une vraie continuité avec mon propre métier.
Prenons demain l'inspection automatisée d'un pylône, d'une voie ferrée, d'un ouvrage industriel ou d'une installation énergétique. Avant même de se demander comment certifier les images, il faut pouvoir réaliser l'opération.
Cela suppose de définir le cadre réglementaire, l'aéronef, le scénario opérationnel, les mesures d'atténuation et l'autorisation, de construire la SORA le cas échéant, de rédiger les procédures du MANEX et de savoir quelles preuves de conformité présenter. C'est le cœur historique de mon activité dans le domaine des drones.
Une fois l'opération autorisée et correctement réalisée, une seconde chaîne commence : celle de la donnée produite. Il faut alors établir son origine, vérifier son intégrité, conserver son contexte et permettre à un tiers de la contrôler plusieurs années plus tard.
Ces deux chaînes ne s'opposent pas. Elles se prolongent.
Un nouvel axe pour ThyRex Conseils
J'intègre donc la traçabilité et la valeur probante des données aux domaines d'intervention de ThyRex Conseils.
Je ne deviens pas éditeur de Visual Connect. La solution est développée, exploitée et commercialisée par EURADRONES.
Mon rôle consiste à identifier, avec les exploitants de drones, bureaux d'études, entreprises, collectivités ou donneurs d'ordre que j'accompagne, les situations dans lesquelles l'intégrité et la traçabilité des données constituent un véritable enjeu. Lorsque Visual Connect répond à ce besoin, je présente la solution et je mets les acteurs concernés en relation avec EURADRONES.
Par souci de transparence, cette collaboration repose sur un contrat d'apporteur d'affaires : je suis rémunéré lorsqu'une mise en relation aboutit.
Cette relation commerciale ne change rien au principe qui guide mon activité de conseil : une solution doit répondre au besoin, et non l'inverse.
De la conformité à la confiance
Pendant longtemps, l'écosystème drone s'est d'abord demandé comment voler légalement et en sécurité. Ces questions restent fondamentales.
Mais la profession évolue. À mesure que le drone devient un véritable outil industriel de collecte de données, démontrer que l'opération a été correctement préparée et exécutée ne suffit plus. Il faut aussi savoir quelle confiance on accordera, dans cinq ou dix ans, aux données qu'elle produit aujourd'hui.
Un exploitant qui documente soigneusement ses procédures de vol dans son MANEX a tout intérêt à appliquer la même rigueur à ses données.
Réglementation, préparation de mission, collecte, provenance, intégrité, traçabilité et conservation forment une seule et même chaîne.
C'est cette chaîne complète, de la conformité de l'opération à la confiance dans la donnée, que ThyRex Conseils accompagne désormais.

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